Méthode Zarra Bonheur

Il était une fois une chercheuse universitaire- polytopique-queer-feministe-militante-dissidente. Un jour elle réalise que sa créativité ne doit pas forcement rester reléguée à des articles scientifiques. Elle décide de libérer les sujets, les réflexions, les théories et les pratiques de recherche du papier imprimé comme la seule expression acceptée et légitime de communication scientifique et elle transforme ses recherches sur le genre, les sexualités, le corps et la dissidence en performances collectives. Zarra Bonheur naît, performeuse-chercheuse- polytopique-pornoactiviste-queer-feministe-militante- dissidente, résultat de la contamination Do It Yourself et de l’amour diffusé de ses amies.

A partir de 2013 j'ai intégré́ mon objet de recherche – la performance – dans mes pratiques d'enseignement, de terrain et de diffusion des résultats. La méthode autoethnographique et les scavenger methodology issues des théorie queer m'ont permis d’intégrer mon corps et mes expériences et de créer une nouvelle méthode de recherche.
La méthode Zarra Bonheur est une tentative de dépasser les binarités qui séparent les contextes (scientifique/ militant), les savoirs (culture haute/culture basse, savoir scientifique/savoir militant), les espaces (salle universitaire/ centre social/scène de théâtre/espace artistique), les expressions (conférence/performance), en créant des espaces interstitiels de subversion/transgression des normes.
Dans certaines performances comme Porno trash, Degen(d)ereted euphoria et Relationship Presidium, j’ai transformé mes recherches sur le corps en performance, dans laquelle le savoir scientifique prend corps. Les articles et dossiers de candidature aux concours se traduisent en performance.
Zarra Bonheur est une méthode qui s’adapte chaque fois au contexte, qui tente de donner (son) corps aux recherches, de le porter là où on ne l’a end pas, de libérer les ré exions des pages des revues scientifiques, de dépasser l’autorité, de contaminer les espaces. Les performances créent des espaces de suspension des normes dominantes où l’implication du public favorise la création et l’expérimentation de relations. J’y vois une méthode également parce qu’elle oblige à faire de la recherche un exercice de réflexivité et à mettre au premier plan des questions méthodologiques centrales : le rapport de la chercheuse avec son champ, le voyeurisme de la recherche, l’absence de restitution des résultats au contexte d’étude et aux sujets impliqués, la production d’un discours scientifique légitimé qui invisibilise les discours produits de l’intérieur, l’invisibilisation du corps, l’injonction à l’usage exclusif de certains codes dans l’enseignement et dans l’apprentissage, le rôle des émotions, les tiennes et celles de toutes les per- sonnes qui interagissent.

Ébranler les codes dominants, chercher de nouvelles pistes, expérimenter d’autres manières de faire peut-il avoir des effets sur le système dominant ? Je ne sais pas, pas pour l’instant. Peut-être qu’on peut accepter l’invitation d’Annie Sprinkle quand elle disait :
« Si tu n’aimes pas le porno conventionnel, fais-le-toi-même. »

De la même manière, si tu n’aimes pas l’université telle qu’elle est (et tout ce qui l’entoure), fais-la toi-même. Si renverser l’institution universitaire est un projet à long terme, on peut en attendant tenter de multiplier les pratiques et les expériences qui tentent de sortir de la colonialité.